"C'est par ici, Monsieur" , me dit calmement le serviteur. Il avait l'air si craintif et si gentil que j'en profitai pour lui adresser la parole :
" Excusez-moi, j'ai entendu dire que le château de Versailles était hanté par des bruits de pas et des .."
" Le salon du conseil se trouve ici, Monsieur ... et je vous exorte vivement de ne dire mot à qui que ce soit, aujourd'hui, sur ce sujet. Bonne soirée, Monsieur!"
| Je fus ébahi.
Mais que se passait-il donc? Je pénétrai dans la fameuse salle. |
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Colbert, Vaubon ... tous les célèbres conseillers du roi se tenaient autour d'une table. Chacun proposait des idées pour améliorer la société, tout le monde écoutait attentivement. Enfin, le coup d'envoi du grand bal fut donné. Nous nous dirigeâmes, cette fois-ci, dans le splendide Salon des Glaces et la menuet commença. Toute la noblesse était bien sûr présente et donnait l'impression de bien s'amuser. Mais, me concernant, ce n'était pas le genre de loisirs qui m'intéressaient. Je sortis alors prendre l'air au balcon. Je vis deux dames discuter sérieusement.

"J'espère que ces bruits ne vont pas de nouveau perturber le bal ..." , murmura l'une d'entre elles.
"A .. Arrê .. tez! Ne ... ne me par .. lez pas ... pas de mal ... malheurs!" , balbutia l'autre désespérément.
"Mais les 12 coups de minuit : ne vous en souvenez-vous plus? C'était absolu ..."
M'ayant aperçu, elle s'interrompit et entraîna d'un geste rapide son amie dans le salon. Je n'y comprenais désormais plus rien et l'envie de percer ce mystérieux secret ne faisait qe s'accroître en moi. Je me décidai donc à explorer les lieux et à en savoir plus sur cette étrange histoire.

Au hasard d'un escalier, j'arrivais dans un cloître sombre avec pour ornement principal des statues en marbre blanc. Tout le long de mon trajet, je me sentis épié, fixé des yeux par ces dernières, avec, de plus, un petit sourire narquois ... Je courus, courus; mais je ne voyais toujours pas le bout de cette longue salle devenue grotte.
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Je parvins néanmoins à un nouveau couloir également très obscur et bordé de portes. L'écart qui séparait chacune d'entre elles était extrêmement infime. La lumière des pièces où donnaient ces ouvertures se reflétait doucement sur les parois des murs du couloir. |
Ma curiosité n'ayant plus de limites, j'entrai dans l'une des pièces. Soudain, cette lumière qui me réconfortait tant s'éteignit. Un bruit de bûche craquant dans le feu se fit entendre. Je tournai la tête et vis une simple cheminée allumée.

Pris de panique, je me hâtai de sortir de la salle puis sursautai en hurlant : "Non! Non! C'est fini! Qu'est-ce-que ..." En face de moi était accroché un portrai de Louis XIV.

"Mais .. pourqoi m'affoler devant quelque chose que j'ai l'habitude de voir? Le serviteur, les deux dames, le couloir, la lumière, la cheminée, le portrait ... tout est absolument bizarre ...", bredouillai-je. Mes jambes tremblaient. Je commençai à souffrir de maux de tête lorsque j'entrevis, à ma droite, un escalier en coulisse.

Sans réfléchir, je m'y engouffrai. tout à coup, une horloge sonna le 1er coup de minuit, puis le 2ème, le 3ème, le 4ème ... Je ne savais plus pourquoi je me précipitai de plus en plus. La sueur me dégoulinait sur le visage ; je suffoquai, haletai, sanglotai ...
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Au 10ème coup
d'horloge, j'entendis des bruits de pas. Je m'arrêtai
net. Au 11ème coup, quelque chose dégringola depuis le sommet de la tour vers lequel je me dirigeais. La pression devenait insoutenable. |
Au 12ème coup, je fis demi-tour pour m'enfuir lorsqu'une horrible tête de mort se balança devant moi et me regarda du fond de ses orbites creuses ...

Je criai, devenai fou, j'allai mourir! ...
Les rideaux se baissèrent puis se relevèrent aussitôt. Les spectateurs, debouts, applaudirent de toutes leurs forces. Moi, le héros, vins saluer le roi. Celui-ci me dit d'un ton fort aimable :
"Ce fut le meilleur opéra de ma vie, Monsieur ..."
