Un jour, exactement le 2 decembre 1705, on frappa a la porte du chateau de M. le duc de
Beauvais.
A cause de la saison et de l’emplacement de la ville, en effet la ville de Beauvais se situe a
une soixantaine de kilometres de Paris, la journee etait grise et froide. La demeure du comte
etait situee en dehors de la petite ville, modeste, mais elle n’avait pas de quoi pouvoir se
plaindre. En arrivant, on passait la grille, on faisait quelques centaines de metres sur une allee,
bordee de vieux cipres, qui montait une petite colline, et on arrivait au chateau. Le chateau
etait entoure par un vaste jardin, qui avait de nombreux arbres, specialement des cipres de tous
les ages, et en particulier un chêne magnifique qui s’elevait vers le ciel nuageux en donnant
une impression mystique au voyageur arrivant. Les fleurs manquaient, probablement a cause
du climat. Dans ce jardin ce trouvait egalement l’ecurie, qui abritait trois chevaux: le plus
beaux etait noir et vigoureux; on voyait clairement que le comte avait pour lui des attentions
particulieres et qu’il le nourrissait avec plus d’attention que les deux autres, qui etaient de
beaux chevaux eux aussi, l’un gris et l’autre brun. Le chateau vu de l’exterieur, etait un grand
batiment blanc avec beaucoup de fenetres aux persianes en bois noir luisant. Plus au centre se
trouvaient de grandes fenetres en forme d’arc. Sur un cote on voyait la chapelle.
Un domestique vint ouvrir au voyageur, un homme sur la quarantaine, plutot haut et robuste,
avec des cheveux noirs et des yeux noirs, qui se presenta en disant etre le procureur du roi, M.
le baron de Cavalogne. Le domestique confia le cheval du baron a d’autres domestiques et
l’introduisit dans le salon, en lui disant qu’il le priait de bien vouloir s’asseoir en attendant
monsieur le comte. Le salon etait decore avec beaucoup de dorures: sur la gauche se
trouvaient quelques divans, les un recouverts de rouge, les autres recouverts de noir; tous
formaient un carre au centre duquel se trouvait une belle table en bois noir avec des dorures et
sur le mur un beau tableau de la region avec un cadre egalement dore, et ,sur la droite, une
table, qui servait probablement de bureau au comte, vu qu’il n’y avait qu’une seule chaise et
une ou deux plumes avec un encrier; sur le mur, le recouvrant tout entier, se trouvait cet
immense tableau: probablement un portrait du comte a cheval avec sur le fond la ville de
Beauvais. Des grandes vitres en forme d’arc, surement celles deja observees de l’exterieur,
laissaient passer le peu de lumiere. Un lustre tout en metal dore avec une trentaine de bougies
pendait du plafond, qui lui aussi avait des dorures.
Apres quelques minutes, le comte, un homme un peu plus jeune du procureur du roi, arriva
vetu plus au moins comme sur le portrait mais sans son chapeau ni sa veste, et dit en prenant
place sur le divan en face de celui ou s’etait assis Francois de Cavalogne:
-«Ah, ce cher Francois! Comment vas-tu? Dis-moi, pourquoi as- tu fait toute la route de
Versailles pour venir jusqu’ici?
-Si tu savais, Albert, ce qui ce passe a Versailles... En bref, M. de Villefort est un traitre! j’ai
surpris avant-hier dans le parc du chateau du roi, une fin de dicussion entre lui et quelqu’un
que je crois etre un criminel, j’etais cache dans les buissons et il y avait du vent alors je n’ai
saisi que quelques mots de la discussion; j’ai entendu Villefort dire: «...15 ... minuit ... roi ...
mort ...50 000 ...» Le criminel lui avait repondu: «... confiance...moi...» Et sur ces paroles ils
s’ettaient quittes. J’ai tout de suite repete au roi ce que je venais d’entendre. Or, puisque,
comme je vous l’ai deja dit, j’avais entendu fort mal la discussion, je priais le roi de ne pas
faire pendre tout de suite M. de Villefort mais de me laisser receuillir d’autres preuves et de
denicher le criminel. Sa Majeste a accepte avec un peu de difficultes et a subitement fait
mettre des gardes aux portes et aux fenetres de son appartment, pour securite, meme si j’avais
entendu le mot «15», qui designait surement la date, et je crains qu’il n’ait alerte le traitre.
Tiens, je t’ai apporte un portrait de M. de Villefort.
Et Georges de Cavalogne lui presenta un tissu avec ce portrait:

-Tu as bien fait, merci. Cette histoire est fort inquietante; mais il me reste deux questions:
pourquoi Villefort voudrait-il tuer le roi et pourquoi m’as-tu choisi pour me reveler ce
complot? a ces derniers mots, un sourire imperceptible et ironique apparut sur les levres du
comte.
-La reponse a ta deuxieme question me semble evidente et je suppose que tu veux faire le
modeste; l’ aide que tu as fournie au roi pendant toutes les guerres qu’il a faites depuis le
debut de son regne jusqu’a present a ete infiniment precieuse et tu es une des seules personnes
auxquelles le roi puisse faire reellement confiance; c’est d’ailleurs lui qui m’a propose d’aller
te demander de l’aide. Quant a la seconde…
-Excuse-moi... ma question avait en effet une peu d’ironie. Mais il me vient a l’esprit une
autre question: pourquoi me demandes-tu de l’aide?
-Je te demande de l’aide car j’ai reflechi bien assez longtemps pour pouvoir te dire que je ne
trouverais jamais comment empecher ce criminel de faire son crime en toute surete qu’il est
reellement coupable. Car je ne veux pas qu’il se fasse pendre en homme innocent.
-Reponds maintenant a ma deuxieme question et je te dirai mon avis sur cette affaire, je te
prie.
-Quelle etait la question? J’ai oublie.
-Pourquoi Villefort voudrait-il tuer le roi?
-Ah, oui! Je me suis aussi pose cette question et je me suis egalement renseigne: je crains que
Villefort le fasse pour se venger de la mort de son frere, Georges, qui etait un general dans
l’armee. Grace a son immense fortune, qui est sinistre car son frere possede la moitie de la
sienne, Georges, marquis de Villefort, faisais des imposants et magnifiques bals et fêtes.
Tellement merveilleux qu’ils ridiculisaient ceux du roi. Alors, a ce qu’il parait, le roi serait
devenu jaloux et aurait decide de faire pendre le general sous pretexte de haute trahison. Mais
ce n’est pas tout: j’ai aussi entendu dire que a cette epoque (1675) le roi avait eu une petite
histoire d’amour avec la femme de M. Georges Villefort, dont j’ai apporte un portrait que
voici
.et que celle-ci a etee une autre raison pour le roi de tuer
Georges Villefort.
-Sapristi! L’affaire est simple.Il suffira d’attendre la nuit du 15, de se cacher dans la chambree
a coucher du roi et au moment ou le criminel esseyera de commettre son crime il sera prit avec
les mains dans le sac, on l’obligera a parler, il denoncera Villefort, qui sera pendu, et tu auras
la conscience tranquille. Nous partons demain pour Versailles. J’informe tout de suite mon
intendant pour qu’il prepare le carosse.
-Tres bien.
-Nous allons ensuite diner et tu pourras dormir dans la chambre des hôtes, que tu connais, et
ou tes bagages ont deja etes places.
-Merci.
Le lendemain, ils partirent et arriverent, apres un jour de voyage sans sostes, a Versailles, ou
le temps etait plus beau.

Ils allerent tout de suite saluer Sa Majeste, qui remercia le comte pour etre accouru si vite et
les accompagna dans leur appartement. Ils traverserent un couloir
., monterent un escalier rond,
et arriverent a leurs chambres, vraiment riches et
somptueuses..Le baron de Cavalogne, en allant au
diner, montra au comte le lieu ou il avait entendu Villefort et le criminel
parler.A diner, le comte exposa son plan au roi qui
accepta, mais il voulut que ce plan soit effectue toutes les nuits qui separaient le 3 du 15
decembre. Il fut fait ainsi. Mais cette derniere precaution c’etait revelee inutile car le 15 arriva
sans dangers. Le comte Albert de Beauvais et le baron Francois de Cavalogne allerent encore
une fois ce mettre a leur poste dans la chambre du roi, ou le manequin demeurait intouche
depuis 12 jours. Vers 11 heures moins le quart, le comte entendit des bruits presques
imperceptiles de pas qui montaient l’escalier et qui ensuite entrerent dans l’ anti-chambre; il
s’empressa de reveiller le baron da Cavalogne qui c’etait endormi:
-Reveillez-vous, vite! Notre homme est la!
Dans l’anti-chambre les pas s’etaient arretes. Les deux hommes resterent sur leurs gardes
pendant plus d’un quart d’heure. Tous ce temps ils etaient restes avec tous leurs sens alertes,
le bruit de leur meme respiration les faisait croire que l’homme entrait dans la chambre. Il
etaient dans le doute et l’inconnu leur faisait peur, cette atteinte les angoissait… passerent
encore cinq minutes… plus rien… tout a coup, on entendit encore les pas s’approcher de la
porte. Ensuite, la poignee de la porte bougea et le metal qui la composait fit un reflet au
contact avec la lumiere de la lune. La porte s’ouvrit, ou du moins on le suppose car on
n’entendit et on ne vit plus rien. Les deux hommes etaient immobiles, ne savant pas si sortir
de leur cahcette ou si attendre encore etait preferable. La peur les fit attendre. Mais rien ne se
passait, rien du tout. Apres encore cinq minutes, le comte cru voir une ombre, comme celle
d’un spectre, passer lentement et solenellement a quelques pas de lui. Il pris encore plus peur
et donna un coup de coude au baron. Ensuite, improvisamment on vit une lame
doree.s’enfoncer dans le manequin. C’etait bien le
criminel, le baron avait raison! Le malfaiteur n’eut meme pas le temps de comprendre que le
comte etait deja sur lui, suivi du baron, moins habitue a la violence de son compagnon. En
moins de deux secondes le comte avait jete au loin le couteau de l’assassin et lui avait pointe
le sien a la gorge.
L’assassin fut oblige a reveler celui qui lui avait comande ce travail et il fut pendu la semaine
suivante ainsi que M. de Villefort.